Le Riou-Bourdoux, comment dompter ce terrible torrent ?

Au XIXe siècle, le Riou-Bourdoux, ce torrent qui causait des dégâts considérables dans les basses-Alpes, a été l’objet d’une des plus colossales entreprises de correction torrentielle réalisée en France par le service des Eaux et Forêts.

S’il existe quantité de torrents dans la vallée de l’Ubaye susceptibles de causer des dégâts, les débordements du Riou-Bourdoux étaient sans conteste les plus redoutés.

Voilà ce qu’en dit Prosper Demontzey :

« Le Riou Bourdoux, fameux dans tout le pays par ses dévastations, est le torrent le plus terrible et le plus considérable de tous ceux en action dans les Alpes ».

Cet ingénieur forestier – une des figures emblématiques de la politique de reboisement – s’attelle à une tâche réputée impossible : contenir ce torrent.

 

Les travaux commencent dès 1868, avec l’enherbement de la zone supérieure du bassin, suivi par des plantations d’arbres pour stabiliser les terres ravinées.

Deux pépinières fournissaient les jeunes arbres, celle des Dallys fournissant les résineux et celle de Terreneuve les essences feuillues.

 

Entre mai 1880 et octobre 1881, environ 2 000 seuils et barrages sont édifiés dont le plus grand, le barrage n°1 constitue un maillon essentiel du dispositif comme l’explique Prosper Demontzey :

« Destiné à servir de base à tout le système de correction, il était indispensable que cet ouvrage fût établi dans les conditions les plus sérieuses de solidité et de durée. Aussi lui a-t-on donné des dimensions supérieures à celles habituellement en usage. Construit en voûte horizontale, entièrement en maçonnerie avec mortier hydraulique, le barrage a 8 mètres de hauteur au-dessus du lit au parement amont ; sa longueur développée est de 81,50 m ; son épaisseur au couronnement, de 3,20 m avec un fruit du cinquième au parement aval ; les fondations ont 4,50 m de profondeur ».

Il faut imaginer trois cents hommes sur ce chantier colossal, armés seulement de pics, de pelles et de barres à mine.

 

Le « monstre » s’est assagi mais n’est pas devenu inoffensif. Des activités industrielles et commerciales se sont développées sur son cône de déjection, augmentant la vulnérabilité du site. Il fait encore l’objet d’une surveillance permanente.

Et aujourd'hui à INRAE ?

Des équipes de recherche sont toujours actives au sein d’INRAE sur les risques naturels en montagne. Elles s’intéressent aux thématiques liées aux  forêts de protection, à l‘hydrologie, au génie écologique, au suivi des  inondations, aux avalanches...

  • L'unité de recherche Érosion torrentielle neige et avalanche (ETNA) et l'Institut des géosciences de l'environnement (IGE) qui se sont regroupés début 2023 proposent des recherches et des expertises sur les risques naturels en montagne et leur prévision.
  • Au sein d’INRAE, le Laboratoire ÉcoSystèmes et sociétés en montagne (LESSEM) développe des recherches sur les dynamiques des socio-écosystèmes en montagne en visant l’équilibre entre approfondissement disciplinaire et développement de recherches interdisciplinaires, entre apports thématiques et perspectives méthodologiques.

Quelques publications récentes sur les barrages de correction torrentielle :

  • Piton, G., Carladous, S., Recking, A., Tacnet, J. M., Liébault, F., Kuss, D., Quefféléan, Y., Marco, O. (2019). Fonctions des barrages de correction torrentielle, Cybergeo : Revue européenne de géographie. ⟨10.4000/cybergeo.32190⟩ ⟨hal-02132860⟩
  • Quefféléan, Y., Kuss, D., Fouquet, M., Paquier, A., Laigle, D. (2020). Modélisation des ruptures de barrages issus de glissements de terrain MTES actions ONF-B5 et INRAE-5.3.6, Rapport de recherche, ONF INRAE, MTES. ⟨hal-03130033⟩.

Sources bibliographiques

Ouvrages rédigés par Prosper Demontzey, disponibles dans Gallica :


Texte rédigé par Catherine Tailleux (INRAE-DipSO).

Merci à Guillaume Piton, chargé de recherche en hydraulique torrentielle (Univ. Grenoble Alpes, INRAE, IGE, équipe HydrimZ-STRIM) pour sa relecture.


Pour citer ce texte : Focus Agate : Le Riou-Bourdoux, comment dompter ce terrible torrent ?, Catherine Tailleux (INRAE-DipSO), février 2024. https://agate.inrae.fr/agate/fr/content/focus

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    Depuis les années 1860, des services de l’État travaillent à sécuriser les habitats naturels et humains menacés par l’érosion et les torrents en montagne. Des techniques de génie civil sont mises en œuvre afin de de stabiliser les lits des torrents et de consolider les berges.

  • Torrent du Riou-Bourdoux (photographies de plans du bassin du Riou-Bourdoux dessiné par Sardi).
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    Depuis les années 1860, des services de l’État travaillent à sécuriser les habitats naturels et humains menacés par l’érosion et les torrents en montagne. Des techniques de génie civil et de génie biologique sont utilisées. Elles vont des travaux de maçonnerie à l’enherbement, jusqu’au reboisement et, ceci, de haut en bas des torrents.